La Belgique s’est imposée comme l’un des principaux pôles mondiaux en biotechnologie et en biopharmacie. Ce secteur y génère 45 000 emplois directs à haute valeur ajoutée, réalise 40 % des investissements privés en R&D du pays et exporte pour 72 milliards d’euros de médicaments et de vaccins. Mais dans un contexte de concurrence mondiale accrue, l’enjeu n’est plus seulement de faire émerger l’innovation. Il est désormais de lui permettre de grandir, d’être financée, développée et industrialisée en Europe.
Or les signaux d’alerte se multiplient. En 2025, les exportations pharmaceutiques belges vers les États-Unis ont reculé de 10 %. Sur la dernière décennie, la Chine et les États-Unis ont attiré près de la moitié des projets d’investissement mondiaux dans la chimie et la pharma, contre à peine 8 % pour l’Union européenne. Les États-Unis mobilisent capitaux, politique industrielle et accès au marché pour attirer les entreprises. La Chine poursuit sa montée en puissance à grande vitesse. Pendant ce temps, l’Europe reste freinée par la fragmentation de son marché, la complexité de ses règles et un déficit structurel de capitaux de croissance. Le risque est clair : voir les innovations nées dans nos laboratoires créer de la valeur ailleurs.
Passer d’une politique d’innovation à une politique industrielle
Pendant des décennies, l’Europe a misé sur le soutien à la recherche. Cette stratégie a produit d’excellents résultats scientifiques, mais elle ne suffit plus. La biopharmacie n’est pas uniquement un enjeu de santé. C’est aussi un actif stratégique pour la compétitivité, l’emploi, les exportations et l’autonomie technologique de l’Europe.
Il faut donc se fixer une ambition claire : faire de l’Europe non seulement un leader de la recherche, mais aussi le meilleur endroit au monde pour développer, produire et commercialiser les innovations de santé de demain. Pour y parvenir, quatre priorités stratégiques s’imposent.
Faciliter l’accès au capital de croissance. L’Europe sait créer des start-ups innovantes, mais peine encore à faire émerger des leaders mondiaux. Elle doit mobiliser davantage de capitaux publics et privés afin de permettre aux biotechs de franchir les étapes décisives de leur développement sans quitter le continent.
Simplifier et moderniser le cadre réglementaire. Le secteur ne demande pas moins de sécurité ou de qualité, mais des règles plus cohérentes, plus prévisibles et plus efficaces. L’EU Biotech Act, actuellement en discussion, représente une occasion unique de renforcer la compétitivité européenne sans compromettre les standards les plus élevés.
Reconquérir le leadership en matière d’essais cliniques. Les essais cliniques sont le point de rencontre entre la recherche, les patients et l’industrie. Une procédure européenne d’autorisation unique applicable dans plusieurs Etats-Membrespermettrait de réduire les délais, de faciliter les études multinationales et de renforcer l’attractivité du continent.
Construire un marché unique de l’innovation en santé. Vingt-sept procédures d’accès au marché et autant de calendriers continuent de freiner l’adoption des innovations. L’Europe doit offrir un environnement plus intégré et plus prévisible, au bénéfice des patients comme de la compétitivité.
La Belgique peut montrer la voie
Avec un secteur au poids exceptionnel pour sa taille, la Belgique a tout pour jouer un rôle moteur. La relance de la plateforme de dialogue entre l’industrie biopharmaceutique et le gouvernement fédéraldoit en devenir l’instrument stratégique. En Europe, notre pays peut rassembler une coalition d’États membres qui partagent cette ambition.
L’excellence scientifique est là. Les talents sont là. Les entreprises innovantes sont là. Mais aujourd’hui, la vitesse, l’échelle, le capital et l’accès au marché font la différence. Plus que jamais, les sciences de la vie doivent être considérées comme un investissement stratégique pour notre santé, notre prospérité et notre souveraineté.
Nos innovations naissent ici. Leur avenir doit aussi s’y construire.
