Le secteur belge des plastiques poursuit sa transition vers une économie plus circulaire. En six ans, le taux de recyclage a bondi de 60 % et l’utilisation de matières recyclées dans de nouvelles applications a presque doublé pour dépasser 12 %. Mais cette dynamique est aujourd’hui freinée par un contexte économique difficile, des défis de compétitivité croissants et des obstacles réglementaires persistants. La production a ainsi reculé de 14 % depuis 2018, tandis que le développement de nouvelles technologies de recyclage peine encore à trouver un cadre favorable.
C’est ce qui ressort du rapport« The Circularity of the Belgian Plastics Industry », une initiative conjointe des fédérations sectorielles Agoria (technologie), essenscia (chimie, plastiques et pharma) et Denuo (recyclage), qui participe cette année pour la première fois à ce rapport de suivi. Ensemble, les trois fédérations couvrent l’ensemble de la chaîne de valeur des plastiques. Les données du rapport, basées sur celles de Plastics Europe et complétées par des chiffres propres au secteur, confirment une nouvelle fois que la Belgique demeure un leader européen dans le domaine des plastiques, tant en matière de production, de transformation que de recyclage.
La Belgique, leader européen des plastiques
Notre pays est le deuxième producteur de polymères en Europe, derrière l’Allemagne. Pour la transformation des matières plastiques, la Belgique occupe la 7e place européenne, avec une forte spécialisation dans les emballages (alimentaires), les produits de construction et les matériaux d’isolation. Avec un taux de recyclage de 41,3 %, elle se classe également au deuxième rang européen, juste derrière l’Espagne. En matière de recyclage des emballages et matériaux de construction en plastique, aucun autre pays ne fait mieux : la Belgique atteint déjà aujourd’hui les objectifs européens de recyclage fixés pour 2030.
Le rapport montre également que le secteur belge des plastiques a considérablement accéléré sa transition vers une utilisation plus circulaire des plastiques. Depuis 2018, le taux de recyclage a augmenté de 60 %, soit près de deux fois plus rapidement que la moyenne européenne. Moins de 2 % des plastiques en Belgique sont mis en décharge, contre 21,5 % dans l’Union européenne. La part de plastiques recyclés utilisée dans la fabrication de nouveaux produits a également presque doublé, passant de 6,5 % à 12,2 %. Il convient toutefois de noter que la Belgique reste légèrement en dessous de la moyenne européenne, qui s’établit à 14,1 %.
Il existe toutefois une explication logique. La Belgique est fortement spécialisée dans les emballages plastiques à haute valeur ajoutée, notamment pour les secteurs de l’alimentation et des applications médicales. Or, ces domaines sont soumis à des exigences particulièrement strictes en matière de sécurité et de qualité, ce qui limite souvent l’utilisation de plastiques recyclés. Il est donc nécessaire d’adapter certaines réglementations trop rigides afin de permettre une plus grande réutilisation circulaire des emballages sans compromettre les exigences de sécurité. En revanche, les plastiques recyclés sont déjà largement utilisés dans l’agriculture et la construction, où ils représentent respectivement 32 % et 21 % des matières utilisées. Les emballages industriels réutilisables, tels que les caisses et les palettes, constituent également un point fort de la Belgique.
Saskia Walraedt, directeur essenscia PolyMatters: “Impossible de parler d’économie circulaire sans évoquer les plastiques. Indispensables dans une multitude d’applications et de secteurs, ils sont au cœur de nombreux défis de durabilité. Mais nous sommes aujourd’hui confrontés à un double défi : préserver la compétitivité de notre industrie tout en poursuivant les innovations et les investissements nécessaires à la transition vers une économie circulaire. La Belgique dispose pourtant d’atouts uniques et d’une position stratégique pour devenir le pôle européen des plastiques circulaires, grâce à une forte concentration d’expertise dans la chimie, la transformation des plastiques et le recyclage.”
Forte baisse de la production et hausse des importations en provenance de Chine
Les résultats positifs enregistrés en matière de recyclage et de plastiques circulaires contrastent fortement avec la réalité économique du secteur. Depuis 2018, la production de plastiques en Belgique a reculé de 14 %. Cette baisse touche l’ensemble des segments, mais elle est particulièrement marquée dans l’automobile (-28 %), sous l’effet du ralentissement de l’industrie automobile européenne et des fermetures de sites de production en Belgique. Le secteur de l’emballage enregistre également un recul important (-17 %), conséquence de l’interdiction de nombreux emballages plastiques à usage unique, de la transition vers d’autres matériaux et des objectifs de réduction fixés par les législations belge et européenne.
Pour mettre cette évolution en perspective, la part de la Chine et de l’Asie dans la production mondiale de plastiques est passée de 35 % à 55 % entre 2006 et 2024. Sur la même période, la part de l’Europe a chuté de 22 % à 12 %.
Avec plus de 30 000 emplois, dont 6,2 % consacrés à la recherche et au développement, une valeur ajoutée de 4,9 milliards d’euros et une contribution positive de 9,3 milliards d’euros à la balance commerciale belge, le secteur des plastiques continue néanmoins d’occuper une place stratégique dans l’économie belge. Plus des trois quarts des exportations belges de polymères et de produits plastiques sont destinés à l’Union européenne. Le secteur fait toutefois face à une concurrence croissante de la Chine, avec une forte augmentation des importations de polymères (+41 %) et d’articles en plastique (+87 %).
Nécessité d’investir dans les nouvelles technologies de recyclage
Plus de la moitié (57 %) des déchets plastiques collectés en Belgique sont valorisés énergétiquement avec récupération de chaleur. Une collecte plus sélective, un meilleur tri et des investissements supplémentaires dans des technologies de recyclage innovantes permettraient de réintroduire davantage de ces matériaux dans le cycle de production.
Pour les flux de déchets propres et bien triés, le recyclage mécanique reste la solution la plus appropriée. Mais pour réduire davantage l’utilisation de matières premières fossiles, les recyclages physique et chimique sont également indispensables. Ces technologies permettent d’éliminer les impuretés et de transformer les plastiques en leurs composants de base ou en matières premières alternatives pour l’industrie chimique.
Saskia Walraedt, directeur essenscia PolyMatters: “Le recyclage mécanique, physique et chimique sont des solutions complémentaires dont nous avons besoin pour construire une véritable économie circulaire des plastiques. Il est temps de mettre en place un marché européen unifié des déchets et un cadre réglementaire qui encourage les investissements dans les nouvelles technologies de recyclage. C’est à cette condition que la transition vers des plastiques plus circulaires pourra aussi se traduire par davantage de croissance économique et d’ancrage industriel en Belgique.”
