Bien qu’il y ait encore beaucoup d’incertitude quant à l’application exacte des tarifs douaniers américains annoncés, leur impact négatif sur l’économie mondiale et la position concurrentielle des secteurs orientés vers l’exportation est à prévoir. Pour les produits chimiques et pharmaceutiques, qui représentent pas moins de deux tiers des exportations belges totales vers les États-Unis, il s’agit d’un handicap concurrentiel supplémentaire dans un contexte économique déjà très exigeant. Les conséquences indirectes en termes d’investissements, de chaînes de production logistiques et de modification des flux commerciaux sont également un sujet de préoccupation.
Pour le secteur de la chimie, pharma et biotech belge, les États-Unis sont le deuxième partenaire commercial après l’Allemagne, avec une part de plus de 13 % des exportations totales du secteur et une part similaire des importations. Au niveau belge, le commerce avec les États-Unis est dominé par les produits pharmaceutiques, chimiques et plastiques. Ces produits représentent 66 % du total des exportations belges vers les États-Unis, mais aussi 55 % des importations belges en provenance des États-Unis. Ces chiffres témoignent de relations commerciales profondément intégrées et de chaînes d’approvisionnement qui risquent d’être perturbées par les droits d’importation.
Selon les informations disponibles, les États-Unis introduiront des tarifs d’importation de 20 % sur les produits de l’Union européenne au cours de la semaine prochaine, avec des exceptions possibles pour les produits pharmaceutiques. D’autres groupes de produits tels que les voitures – pour lesquels le secteur de la chimie et des matières plastiques est un fournisseur important – sont soumis à des droits de douane plus élevés, de l’ordre de 25 %. Une économie ouverte et orientée vers l’exportation comme la Belgique est évidemment très vulnérable à de telles barrières tarifaires et à d’éventuelles escalades sur le marché mondial avec des contre-mesures potentielles de la part d’autres blocs commerciaux.
Yves Verschueren, administrateur délégué d’essenscia : « En tant que principal secteur d’exportation du pays, représentant un tiers des exportations belges, nous sommes bien sûr favorables au libre-échange mondial et, par principe, nous ne considérons pas les tarifs d’importation protectionnistes comme une bonne chose. Mais il est trop prématuré et délicat de commencer à évaluer l’impact exact et les conséquences concrètes à ce stade. Nous sommes particulièrement préoccupés par l’incertitude supplémentaire que cela crée dans une économie mondiale déjà soumise à de fortes tensions. Nous devons en tirer trois leçons importantes : travailler plus rapidement et plus résolument à une politique industrielle plus attrayante et à un climat d’investissement plus favorable en Europe, en Belgique et en Wallonie, poursuivre une plus grande diversification des chaînes d’approvisionnement et des marchés en continuant à travailler sur des accords commerciaux avec d’autres pays et régions, et poursuivre le dialogue constructif avec les États-Unis. Nous demandons à nos décideurs politiques de faire preuve d’une grande prudence afin d’éviter un choc systémique sur l’ensemble de l’économie mondiale ».
