À la veille du Conseil européen informel à Alden Biesen, essenscia — aux côtés d’environ 600 représentants d’entreprises, de fédérations industrielles et de confédérations syndicales européennes — a appelé, lors d’un sommet industriel à Anvers, à la mise en place rapide et décisive de mesures d’urgence pour restaurer la compétitivité de l’industrie à forte intensité énergétique. “Après l’Antwerp Declaration d’il y a deux ans, voici l’Antwerp Call to Action : l’Europe doit agir maintenant.”
Un nouveau rapport de Deloitte montre clairement que l’industrie européenne perd en compétitivité par rapport à la Chine ou aux États‑Unis. Pas moins de 83 % des indicateurs de compétitivité industrielle de la Déclaration d’Anvers n’affichent, deux ans plus tard, aucune amélioration — voire une détérioration. Le secteur belge de la chimie et de la pharmacie – qui constitue, sur la base de données économiques objectives, la branche industrielle la plus importante de notre pays – ploie lui aussi sous la pression croissante de coûts énergétiques et de production extrêmement élevés, d’une concurrence internationale déloyale et d’un climat d’investissement qui se détériore rapidement.
Yves Verschueren, administrateur délégué d’essenscia: « Depuis la Déclaration d’Anvers d’il y a deux ans, la politique industrielle est revenue en haut de l’agenda politique. Mais le constat amer est que la compétitivité ne s’est pas améliorée depuis lors, elle s’est même encore détériorée. Les entreprises industrielles, essentielles pour notre prospérité, nos exportations et notre autonomie stratégique, doivent affronter une concurrence déloyale avec des armes inégales. Ce n’est pas fair-play. Nous perdons des emplois, nous risquons de devenir dépendants d’autres régions pour des matériaux essentiels et nous manquons des investissements, tant dans l’innovation que dans la transition verte. Nous ne demandons pas à être protégés contre le changement, nous demandons des conditions-cadres compétitives pour pouvoir réussir la transition industrielle en Europe.”
Trois mesures pour la compétitivité
Concrètement, essenscia demande de mettre rapidement en œuvre trois mesures pour renforcer la compétitivité. Premièrement, il est indispensable d’éliminer les handicaps structurels en matière de coûts liés à l’énergie et aux taxes climatiques, tout en développant un mix énergétique abordable et bas carbone. Des corrections urgentes du système européen d’échange de quotas d’émission (ETS) sont ainsi nécessaires afin de garantir des conditions de concurrence équitables par rapport aux régions affichant une ambition climatique bien plus faible. Sans ajustements en profondeur, les entreprises chimiques risquent d’être confrontées à des surcoûts intenables qui n’apportent aucun gain climatique, mais qui compromettent au contraire les investissements dans l’innovation climatique et la décarbonation.
Sur le plan du commerce international, l’Europe doit agir beaucoup plus vite et plus fermement contre les pratiques commerciales déloyales. L’année dernière, la majorité des enquêtes européennes anti‑dumping portait sur des produits chimiques, mais la réaction européenne est trop lente et trop timide. Un contrôle renforcé est également nécessaire pour garantir que les produits importés respectent effectivement les strictes normes européennes de sécurité et d’environnement. Parallèlement, l’Europe doit continuer à négocier de nouveaux accords de libre‑échange pour assurer l’accès aux marchés en croissance et exploiter pleinement le potentiel d’une intégration accrue du marché européen.
Enfin, l’Europe doit pleinement miser sur l’innovation et les investissements qui rendent possible la transition industrielle. Un cadre politique incitatif doit permettre le déploiement à échelle industrielle de technologies clés telles que l’électrification, la capture, le stockage et la réutilisation du carbone, et le recyclage chimique. Aujourd’hui, des procédures d’autorisation incertaines, une réglementation complexe et un financement insuffisant freinent ces investissements nécessaires. Un climat d’investissement attractif est essentiel pour rendre la chimie et la pharma résilientes dans un contexte géopolitique incertain et pour renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe.
Jan Remeysen, président d’essenscia et CEO de BASF Anvers: « Tout le monde comprend que c’est le moment de vérité pour l’industrie en Belgique et en Europe. Choisissons‑nous de préserver et renouveler l’épine dorsale industrielle de notre économie et de notre société, ou mettons‑nous en jeu notre prospérité future et notre sécurité économique ? La transition vers la neutralité climatique et la circularité ne réussira que si nous améliorons le climat d’investissement et rétablissons la compétitivité internationale de notre industrie. L’Europe doit agir maintenant, avant qu’il ne soit trop tard. Des mesures rapides et concrètes sont nécessaires, qui produisent encore cette année des résultats tangibles sur le terrain et sur la facture énergétique. »
L’appel a été lancé lors de la troisième édition du European Industry Summit à Anvers, qui a réuni plus de 500 dirigeants d’entreprises de presque tous les secteurs industriels venus de toute l’Europe pour un dialogue avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le Premier ministre belge Bart De Wever, le ministre‑président flamand Matthias Diependaele et le vice‑premier ministre belge et ministre de l’Économie David Clarinval. Étaient également présents le chancelier allemand Friedrich Merz, le président français Emmanuel Macron, le ministre‑président néerlandais Dick Schoof, le chancelier autrichien Christian Stocker et les commissaires européens Teresa Ribera, Stéphane Séjourné et Wopke Hoekstra, soulignant l’urgence politique d’une stratégie industrielle.

