Chimie, pharma, plastiques : les annonces d’investissements se détournent de l’Europe au profit des États-Unis et de la Chine. De son côté, la Belgique, malgré une position de départ solide, peine de plus en plus à attirer de nouveaux investissements dans ces secteurs stratégiques. Telles sont les deux principales conclusions d’une analyse réalisée par Trendeo à la demande d’essenscia. Le défi est clair : si la Belgique veut ancrer son avenir industriel, elle doit redevenir plus attractive pour les grands projets d’investissement.
L’analyse de Trendeo, basée sur les annonces d’investissements mondiales des dix dernières années (2016-2025), met en évidence un glissement géographique marqué. Les États-Unis (28 %) et la Chine (21 %) représentent ensemble près de la moitié des investissements dans la chimie, la pharma et les plastiques, loin devant l’Europe (8 %).

Cap sur les États-Unis et la Chine
Le secteur de la chimie concentre la majeure partie des investissements (73 % du total, soit 1.722 milliards de dollars). La Chine arrive en tête, avec plus d’un quart (26 %) des investissements mondiaux en chimie. Dans la pharma, les États-Unis s’imposent largement, avec 59 % des investissements mondiaux, portés par un récent rebond lié à une politique de réindustrialisation volontariste.
Des écarts significatifs apparaissent également dans la taille des projets. Avec une valeur moyenne de 680 millions de dollars en Chine et de 448 millions de dollars aux États-Unis, les investissements y sont nettement plus importants qu’en Europe, où ils s’élèvent en moyenne à 192 millions de dollars. Au-delà du nombre de projets, c’est donc aussi leur ampleur qui se déplace progressivement hors d’Europe.

Une Europe sous pression
Cette évolution s’inscrit dans un contexte plus large de forte pression sur l’industrie européenne. Les coûts énergétiques élevés, la complexité réglementaire et la concurrence internationale croissante créent un désavantage compétitif et pèsent sur les décisions d’investissement.
Parallèlement, les États-Unis et la Chine mènent des politiques industrielles offensives et ciblées, combinant droits de douane, incitants fiscaux et aides publiques. Dans cette course mondiale, l’Europe risque de perdre du terrain et de devenir de plus en plus dépendante d’autres régions pour des produits et matériaux essentiels.
La Belgique : toujours forte, mais en perte de vitesse
Au sein de l’Europe, la Belgique reste un acteur important en chimie et en pharma. Seuls la France et l’Allemagne ont attiré davantage d’investissements dans la chimie ces dix dernières années, tandis que notre pays se classe au septième rang en pharma.
Cette position repose sur une base industrielle solide, avec le plus grand cluster chimique d’Europe et une expertise reconnue à l’international en pharma et biotech. Pourtant, l’arrivée de nouveaux investissements s’est nettement ralentie ces dernières années.
Entre 2016 et 2019, la Belgique représentait encore 15,3 % des investissements européens en chimie, pharma et plastiques, notamment grâce à plusieurs méga-projets dans le cluster anversois. Par la suite, quelques investissements de premier plan ont encore été enregistrés, notamment en pharma et biotech. Mais depuis 2023, les grandes annonces se font rares et la part de la Belgique est tombée à seulement 0,8 %.

Le défi : redevenir attractif
Dans un secteur en pleine transformation – avec l’électrification, la circularité et les innovations thérapeutiques – les nouveaux investissements sont déterminants pour la croissance future et l’emploi.
Pour les attirer à nouveau, la Belgique et l’Europe doivent améliorer leur compétitivité. Cela passe notamment par une baisse des coûts énergétiques, des procédures d’autorisation plus rapides, une fiscalité plus favorable et une politique industrielle soutenant activement les investissements.
Yves Verschueren, administrateur délégué d’essenscia, déclare : « Les investissements ne viennent pas spontanément chez nous : ils vont vers les régions où l’énergie est abordable, où l’innovation est stimulée, où les permis sont rapidement octroyés et où la politique industrielle fait des choix clairs. La Belgique dispose toujours de nombreux atouts pour jouer un rôle de premier plan dans la chimie, la pharma et les plastiques. Nous avons des clusters solides, des talents et du savoir-faire. Avec une politique industrielle déterminée et ambitieuse, nous pouvons inverser la tendance. »
À propos de l’analyse Trendeo
L’analyse de la société Trendeo, spécialisée dans la collecte et l’analyse de données sur les investissements industriels à l’échelle mondiale, a été réalisée en mars 2026 et repose sur des projets d’investissement annoncés dans la chimie, la pharma et les plastiques entre 2016 et 2025. Seuls les projets d’au moins 30 millions de dollars ou générant 50 emplois minimum ont été pris en compte. L’étude recense 6.445 projets dans 164 pays, pour un montant cumulé de 2.375 milliards de dollars. S’agissant d’annonces d’investissements, leur réalisation effective n’est pas garantie.
