Des cendres à la récolte: Anorel transforme les résidus alimentaires incinérés en engrais
Innovation :
Anorel fabrique à partir de cendres végétales un engrais 100 % circulaire
Les engrais sont indispensables à notre approvisionnement alimentaire, mais le secteur agricole souhaite qu’ils soient aussi durables que possible. “Des initiatives politiques telles que le Green Deal et le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) imposent des règles plus strictes pour réduire les émissions, limiter les pertes de nutriments et favoriser l’usage de matières premières circulaires. Dans le même temps, cela doit demeurer économiquement viable, car le secteur des engrais fonctionne déjà avec des marges serrées et subit une pression croissante sur les prix », souligne Josephine Cafmeyer, Managing Director chez Anorel.
Les flux de déchets issus de l’industrie alimentaire, comme les déchets agricoles et les résidus de plantes, sont souvent sous-utilisés ; ils sont généralement incinérés afin de récupérer de la chaleur. Anorel a trouvé un moyen de valoriser la cendre restante en la transformant en matière première de haute qualité pour les engrais agricoles et de nombreuses autres industries. Les premiers accords de collaboration avec des entreprises alimentaires pour la fourniture de cendres ont déjà été conclus.
Ambition européenne
Steven Cafmeyer, CEO d’Anorel, a fondé l’entreprise il y a 30 ans, après avoir conçu un processus de production innovant pour les engrais. “Dès 2012, j’ai réfléchi à la façon de valoriser au mieux les cendres, mais le marché n’était pas encore prêt.”
Des années plus tard, sa fille Josephine a relancé le concept, baptisé Ash Base. Les engrais à base de cendres s’inscrivent parfaitement dans l’ambition européenne de rendre l’agriculture plus durable. “D’ici 2030, l’Union européenne souhaite réduire de moitié le recours aux engrais”, pointe Steven Cafmeyer. “En en faisant un élément circulaire, le secteur peut devenir plus vert.”
Du concept à l’usine
Dans la culture irriguée, les engrais minéraux restent tout à fait cruciaux. “Les engrais durables à base de fumier animal ou de déchets ménagers sont généralement transformés en engrais organiques destinés aux cultures en plein champ”, indique Josephine Cafmeyer. “Avec Ash Base, nous pouvons extraire des nutriments des cendres, comme le potassium, et les transformer en engrais minéraux, particulièrement adapté à la culture sous serre.”
Lorsqu’elle réexamine la “recette” mise au point par son père dix ans plus tôt, elle s’est tournée vers l’université de Gand. “L’idée semblait d’abord trop belle pour être vraie. Grâce à l’université de Gand, nous avons été mis en contact avec l’Agence flamande pour l’innovation et l’entrepreneuriat VLAIO, qui en a étudié la faisabilité technique et économique. Nous avons affiné le concept sur base de leurs recommandations.”
12 000 tonnes de cendres par an
“Nous construisons une usine à Genk, qui devrait être en phase de test d’ici à la fin de l’année”, reprend Steven Cafmeyer. “La production sera progressivement augmentée sur trois ans pour atteindre sa pleine capacité d’ici 2028. Chaque année, nous pourrons alors traiter environ 12 000 tonnes de cendres collectées localement, et produire quelque 9 000 tonnes de carbonate de potassium liquide à 48%.”Outre l’agriculture, ce carbonate de potassium est également utilisé dans des secteurs tels que la fabrication du savon, le verre et l’industrie alimentaire.
“Nous proposons une alternative verte et abordable à la variante synthétique que l’Europe importe en grande partie aujourd’hui. De plus, nous pouvons combiner le résidu de notre processus avec des fractions organiques provenant de l’industrie du biogaz afin de produire environ 70 000 tonnes supplémentaires d’engrais organo-minéral. Notre processus de production est entièrement zéro déchet.”
Vers une autosuffisance européenne
L’intérêt pour le projet est grand, tant de la part des entreprises alimentaires qui souhaitent valoriser leurs cendres et réduire leurs déchets, que des agriculteurs et des producteurs industriels à la recherche d’engrais et de matières premières durables. “Cela nous permet aussi de gagner en autosuffisance en Europe”, ajoute Josephine Cafmeyer. “Et notre processus de production de carbonate de potassium est trois fois plus économe en énergie que celui des producteurs synthétiques en dehors de l’Europe.”
Le prix est également un atout. “Tout le monde veut des produits respectueux de l’environnement, mais personne n’aime payer plus cher”, conclut Steven Cafmeyer. “Grâce à notre concept totalement circulaire et à notre processus de production réfléchi, nous pouvons concurrencer les engrais synthétiques.”