Nouvelle étude du Cefic : le coût de l’énergie reste le principal frein ; la chimie belge résiste pour l’instant mieux que le reste de l’Europe
Le secteur chimique européen enregistre une perte rapide de capacités de production et d’emplois, alors que les nouveaux investissements sont quasiment à l’arrêt. C’est ce qui ressort d’une nouvelle étude réalisée à la demande de la fédération européenne de l’industrie chimique, le Cefic. Depuis 2022, le nombre de fermetures a été multiplié par six, entraînant la disparition d’environ 9 % de la capacité totale de production en Europe et la perte de 20 000 emplois directs. Le coût élevé de l’énergie apparaît comme la principale cause. La chimie belge résiste relativement mieux, mais n’échappe pas à la crise qui touche l’industrie européenne.
Les chiffres du rapport illustrent de manière frappante les conséquences de la crise énergétique et de l’affaiblissement de la compétitivité de l’industrie européenne. Entre 2022 et 2025 inclus, 126 fermetures d’installations de production ont été annoncées dans la chimie européenne, dont 9 steam crackers. Cela représente une perte de 37 millions de tonnes de capacité de production, soit près de 9 % de la capacité totale en Europe. Ces fermetures ont entraîné la suppression de 20 000 emplois directs et de près de 90 000 emplois indirects, sans même tenir compte des pertes d’emplois liées aux réorganisations et restructurations.
Des fermetures causées par des coûts énergétiques élevés
Les entreprises chimiques indiquent que les coûts énergétiques élevés constituent la principale raison des fermetures, suivis par la baisse de la demande, une réglementation trop stricte et la concurrence des importations à bas prix. Il est particulièrement préoccupant de constater que le rythme des fermetures d’entreprises a doublé en 2025. Dans le même temps, les investissements dans de nouvelles capacités de production ont chuté de 90 % l’an dernier, pour atteindre à peine 0,3 million de tonnes. En raison de handicaps structurels en matière de compétitivité, l’Europe n’est plus attractive comme site d’investissement industriel, ce qui menace la disparition de maillons essentiels dans des chaînes de valeur stratégiques.
La chimie belge également touchée
La majorité des fermetures dans la chimie européenne ont lieu en Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en France. Ces quatre pays concentrent à eux seuls deux tiers de la perte totale de capacité. La Belgique résiste relativement mieux et est le seul pays européen où des capacités de production supplémentaires ont encore été récemment mises en service dans le secteur chimique. Pas moins de 39 % de la nouvelle capacité de production créée ces dernières années dans la chimie européenne l’a été dans notre pays.
Cela illustre que la Belgique dispose d’un secteur chimique solide, qui continue d’occuper une position de premier plan en Europe. Malgré ces atouts, la chimie belge est elle aussi confrontée à une forte dégradation de sa compétitivité. Certaines grandes décisions d’investissement prises il y a quelques années – avec Project One d’INEOS comme exemple emblématique – ne peuvent masquer la détérioration rapide de la réalité économique. Les fermetures annoncées et les décisions d’investissement négatives des dernières semaines constituent des signaux d’alarme inquiétants, indiquant que le secteur se trouve dans une situation de crise aiguë.
Yves Verschueren, administrateur délégué d’essenscia, déclare : « Le secteur chimique européen est soumis à une pression extrême. Le nombre de fermetures augmente à une vitesse alarmante, tandis que les investissements atteignent un niveau historiquement bas. C’est une combinaison extrêmement dangereuse qui peut provoquer un effet domino dans l’ensemble de l’économie. La chimie belge se trouve elle aussi à un point de bascule. Sans mesures d’urgence, nous risquons de nouvelles pertes d’emplois. C’est le moment de vérité pour inverser la tendance. Dans un monde instable, l’Europe a justement besoin d’une industrie plus forte. Il ne s’agit pas d’un simple problème économique, mais de notre autonomie géostratégique et de l’avenir de notre prospérité. Les sommets européens de février doivent déboucher sur des résultats concrets. »
Télécharger l’étude :European Chemical Closures and Investments Radar: 2022‑2025
À propos de l’étude
Le rapport a été rédigé par le cabinet de conseil stratégique Roland Berger, à la demande de la fédération européenne de l’industrie chimique Cefic. Il offre une vue d’ensemble étayée des fermetures et des investissements, ainsi que de leur impact sur la capacité de production de la chimie européenne (UE27 + Royaume‑Uni, Norvège et Suisse). L’analyse repose sur des contributions du secteur et des données publiques. Le European Chemical Closures and Investments Radar sera désormais mis à jour chaque trimestre.
